Aujourd’hui, après quelques années de réflexion et de travail en solo, je tiens à vous présenter le résultat : un embryon de projet politique, qui nécessite votre coopération pour naître. Et je dis bien naître, car il n’est pas question de copier : parmi tous ceux que les politiciens français vous offrent aujourd’hui, aucun n’est comparable. Aucun ne propose d’alternative structurelle réfléchie. Dans le meilleur des cas, ils se bornent au référendum d’initiative citoyenne et à des grands coups de sabre dans nos institutions. Ce que je vous propose aujourd’hui n’existe nulle part ailleurs.
Par conséquent, si vos réponses prouvent votre désir de concrétiser ce projet, je fonderai un parti conçu pour tourner la page sur la Ve République. Il aura pour seul objectif de mettre en place une « Ière Démocratie de forme républicaine », sans pour autant s’identifier à un bord politique particulier.
Assurément, ce sera considéré absurde par certains, au motif qu’il vaut mieux rejoindre un mouvement existant pour profiter de sa force et éviter de créer des structures redondantes1. Mais rejoindre un mouvement existant implique de se soumettre à la doxa de ce mouvement, d’en convaincre les éventuels dirigeants… Et leur intérêt ne sera pas forcément d’amener ma proposition sur le devant de la scène sans altérations significatives à leur profit, comme je le démontrerai dans les chapitres ultérieurs. Il me paraît donc plus approprié de créer un nouveau mouvement.
Je dois également préciser que le choix de la fondation d’un parti, organisme par nature centralisé et sujet à de nombreuses dérives, n’est pas anodin. Le principe même des partis me déplaît, et de plus, celui-ci serait voué à s’autodétruire en accomplissant son but, ce qui rend sa création paradoxale. Mais dans la Ve République, c’est la seule structure apte à mener ce projet à bien.
Je n’ai, en effet, pas d’autre moyen de financer une campagne qui durera peut-être des années. Et en cas de réussite, un parti permettrait la mise en place quasi-immédiate d’un « Produit Minimum Viable » de la démocratie. Ce nouveau régime serait initialement très similaire à la Ve République, puisqu’il reprendrait la majorité de ses normes. Cependant, sa Constitution serait le texte présenté dans le programme de ce parti.
De ce fait, cette Constitution aurait été validée préalablement par les électeurs à travers l’élection présidentielle. Le Parlement serait poussé à l’accepter sans broncher, et nous éviterions en même temps l’écueil des débats stériles sur les assemblées constituantes. Car ces dernières, proposées par d’autres projets, sont particulièrement vulnérables aux manipulations.
On pourrait douter des résultats obtenus si par exemple, une assemblée constituante se retrouvait noyautée par des politiciens désireux de transposer leurs privilèges dans une « Ière Démocratie ». Après leur passage, elle n’aurait plus grand-chose de démocratique.
La question se poserait aussi si les membres de ladite assemblée se retrouvaient corrompus par des politiciens français, ou des multinationales et autres puissances étrangères. Leur nombre étant relativement réduit et leurs identités nécessairement publiques, c’est une éventualité fort probable.
Et puis, n’oublions pas que Hugo Chávez s’est servi d’une assemblée constituante pour démanteler les institutions qui le gênaient et acquérir plus de pouvoir ! En effet, les citoyens vénézuéliens se sont abstenus à plus de 50 % lors de l’élection des membres de l’assemblée constituante. Au final, plus de 95 % des 131 membres élus étaient dans le parti de Chávez, et il a pu faire ce qu’il voulait sans aucune conséquence. L’assemblée constituante est littéralement le moment auquel un régime est le plus vulnérable : c’est aux régimes politiques ce que la chrysalide est aux papillons. Immobilisés et liquéfiés, ils ne peuvent rien faire pour se protéger dans cet état.
Dans un souci de rapidité, d’efficacité et de sécurité, il me paraît donc plus sûr de passer outre cette étape. Pour cela, nous devrons instaurer directement une Démocratie avec un système prédéfini sans interrompre le fonctionnement du régime actuel, et remettre ainsi au peuple des outils adaptés. La France passera de la Ve République à la Ière Démocratie en un claquement de doigts, il n’y aura aucune période de transition dépourvue d’institutions robustes.
Ensuite, le peuple pourra modifier le reste de la Constitution par lui-même si nécessaire pour en régler les petits détails. À son initiative, de référendum en référendum, il modifiera les éléments qui ne lui conviennent pas pour obtenir un État correspondant en tous points à la volonté générale.
Mais évidemment, tout cela suppose que le public s’intéresse à un potentiel nouveau parti lancé par un inconnu. Car de tous les facteurs externes, c’est bien l’indifférence qui est plus susceptible de porter atteinte aux chances de succès de ce projet. Les humains s’occupent souvent de leurs problèmes immédiats avant tout. Et ceux qui disposent du droit de vote veulent naturellement voter pour le premier candidat qui leur promettra de résoudre les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien. À côté, la modification du système de gouvernement du pays, c’est un peu trop abstrait : ça ne comble pas les découverts bancaires.
Ces problèmes du quotidien sont les seuls à influencer une grande partie des électeurs. Et ce, alors qu’ils ne représentent que la surface de l’iceberg de dysfonctionnements qui a éventré notre société. Le lamentable naufrage que nous sommes en train de subir continuera inéluctablement tant nous ne nous attaquons pas aux causes profondes de ces défaillances, qui se situent pour beaucoup au niveau du système de gouvernement du pays. C’est là que se trouve la véritable cause des fins de mois difficiles, ou des problèmes de sécurité !
Croyez-moi, je suis bien conscient du fait que le problème de l’économie est titanesque. La dette galopante, l’industrie lourde à l’agonie, le surplus normatif qui détruit nos entreprises, la fuite de tous nos meilleurs cerveaux, et cetera. C’est une situation qui me fend le cœur et il est impossible de l’ignorer, tout comme il est impossible d’ignorer la question de la sécurité. Les prisons sont pleines à craquer, et les réseaux d’influence criminels étendent constamment leurs tentacules à travers notre administration. Les nombreuses affaires de corruption de douaniers, avocats, greffiers sont la preuve de ce progrès néfaste.
De toute évidence, notre pays serait en bien meilleure santé s’il se débarrassait des couches redondantes de l’administration, des projets publics aux montants faramineux motivés par des idéologies irrationnelles, de la corruption, des privilèges à vie des anciens politiciens, de l’influence des politiciens sur la Justice…
Enfin, je ne pourrai pas non plus prétendre que l’immigration et la religion sont sans importance en 2026. Ces sujets sont au cœur des préoccupations de milliers de citoyens, et ils vont le rester pendant de nombreuses années. Ce qui est tout à fait normal : ils touchent à la définition même du peuple français ! Et sur ce point, la Ve République ne peut que décevoir. Les mesures que ses politiciens pourraient appliquer seront toujours limitées, et réversibles à la fin de leur mandat. Seule la démocratie permettra de résoudre ces questions définitivement, en donnant au peuple le pouvoir de se définir.
Il en est de même pour tous les autres sujets les plus importants. Le peuple étant entièrement infantilisé par la Ve République, nous ne pourrons jamais obtenir la moindre solution efficace et permanente. Vous le comprendrez en lisant les seize chapitres suivants : ce n’est pas un modèle suffisamment bien conçu pour résister à ces menaces.
Pour guérir le pays de ses maux durablement, je conclus de tout cela qu’il est nécessaire d’en guérir la cause la plus profonde. Ce qui nécessite, d’une part, de créer des institutions plus robustes, et d’autre part, de donner au peuple le pouvoir d’agir par lui-même. Nous n’arriverons à rien en comptant sur la classe politique pour supprimer ses propres avantages ou pour prendre des risques mettant en danger ses chances de réélection, et donc ses revenus.
De plus, ces nombreux symptômes sociétaux sur lesquels le public se focalise sont rarement des problèmes qui peuvent être résolus en restant neutre. Par exemple, si on choisit de renflouer les caisses de l’État avec des impôts supplémentaires sur les grandes fortunes, on est classé à gauche, et si on essaie d’attirer les investisseurs étrangers avec des réductions d’impôts, on est classé à droite. Intégrer au sein de ma proposition des solutions prédéterminées à ces problèmes reviendrait, de ce fait, à tomber dans le même piège que tous les autres projets similaires.
Par conséquent, mon projet voit ses qualités contrebalancées par deux handicaps majeurs. Premièrement, il ne peut pas avoir pour objectif principal d’apporter des solutions aux problèmes qui sont les plus susceptibles de donner envie aux électeurs de voter. Et deuxièmement, s’il contient malgré tout une quelconque proposition pour régler l’un de ces problèmes, elle ne saurait en aucun cas être péremptoire.
Le cœur de mon programme demeurera donc la modification de la Constitution destinée à créer un nouvel État démocratique, efficace, juste, vivant et moderne. Le reste de ce qui sera proposé restera purement modulaire, à choisir au cas par cas a posteriori. Les Français devront effectuer plusieurs référendums à la suite : un pour le programme économique, un pour le programme social, un pour le programme judiciaire… Car je souhaite avant tout rendre aux Français leur pouvoir, et à la France, sa prospérité. Peu importe ce qu’ils décideront, ça ne sera pas incompatible avec le cœur de mon programme : la mise en place d’une vraie démocratie.
Enfin, comme le titre de la deuxième partie l’indique, il faut garder à l’esprit que le projet constitutionnel situé à la fin de ce document, rédigé par une personne seule, n’a pas vocation à être gravé dans le marbre tel quel. Ce n’est qu’un « prototype fonctionnel » du texte qui serait présenté au programme de l’élection présidentielle par ce potentiel futur parti. Il sert avant tout à vous donner une idée de ce à quoi ressemblerait le résultat final.
Pour cela, une série d’adjectifs suivie d’un projet constitutionnel ne suffit pas, j’en suis bien conscient. « État démocratique, efficace, juste, vivant et moderne », c’est plutôt vague, et les textes juridiques sont trop techniques pour être abordés sans explications. Avant de passer au projet constitutionnel, je vais donc vous présenter une longue succession de chapitres explicatifs, que l’on peut grossièrement découper en trois groupes.
Le premier concerne les dysfonctionnements du système actuel, notamment à travers l’analyse de certains évènements plus ou moins récents et autres faits divers. Le second contient une analyse de la source de ces dysfonctionnements, d’un point de vue systémique. Enfin, le troisième vous présentera des solutions efficaces pour anéantir ces problèmes.